12. juil., 2021

A juste titre

Imaginez… des livres sans titres, des tranches vierges, vides, unies, identiques. Comment nommer ce qui n’aurait aucun nom ? 

Donner un titre à un livre, c’est lui offrir sa carte d’identité. Le titre est un déclencheur d’achat, un déclencheur de choix. Tout doit être dit dans un titre, il se doit d’aller à l’essentiel, il est une invitation au voyage, il doit suggérer sans révéler. Le titre est une véritable promesse que l’auteur doit s’efforcer de tenir, il suscite le désir de lire.

Comment trouver le juste titre ? Il ne faudra pour certains que quelques clics pour trouver le déclic, alors que pour d’autres, il faudra des heures de brainstorming, voire des nuits entières. Qu’à cela ne tienne ! Peu importe le moyen, seul le résultat compte. Il est possible de trouver un titre en se baladant, en regardant un film, en discutant, en s’énervant, en voiture, à pied, dans un avion, tout est bon. Vous n’écrivez pas ? Aucune importance, je vous propose une expérience : ce soir, essayez de donner un titre à la journée que vous venez de passer. Opterez-vous pour un titre court et percutant ou irez-vous plutôt vers un titre long plus explicite ? Sentez-vous libres de choisir ce qui fait écho en vous. 

Des titres, il en existe de toutes sortes :

Titres à rallonge comme « L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea » de Romain Puertolas

Titres drôles, décalés comme « Un hôpital d’enfer » de Toby Litt

Titres brefs tel « Misery » de Stephen King

Titres surréalistes tel « Un éléphant dans ma cuisine » de Françoise Malby-Anthony

Titres qui font rêver comme « Les buveurs d’infini » de Gilles Laurendon

Titres culottés comme « J’irai cracher sur vos tombes » de Boris Vian

Titres qui riment tel « Tous les bars de Zanzibar » de David McNeil

Titres qui attisent la curiosité comme « L’arbre à sucettes » d’Alice McDemott

Les titres sont partout, ils vivent auprès de nous : titres de livres mais aussi titres de films, titres d’oeuvres musicales ou artistiques, titres de noblesse, titres d’émissions télévisées, titres de presse…

Un titre de presse, aussi poignant soit-il, finit par être oublié là où certains titres de la littérature font partie d’un héritage commun. Comment oublier : 

  • Le petit prince d’Antoine de Saint-Exupéry
  • L’étranger d’Albert Camus
  • L’écume des jours de Boris Vian
  • Le nom de la rose d’Umberto Eco
  • Le deuxième sexe de Simone de Beauvoir
  • Le journal d’Anne Frank d’Anne Frank
  • Le seigneur des anneaux de Tolkien
  • 1984 d’Orwell

Parfois, le titre n’a pas de rapport au texte. Dans « La cantatrice chauve », il n’y a tout simplement pas de cantatrice chauve.

Et dans la peinture ? Prenons l’exemple du peintre René Magritte. Ses oeuvres surréalistes proposent toujours un titre déroutant qui laisse rarement indifférent. Magritte faisait appel à un ami poète belge pour trouver ses titres. D'autres ont préféré nous laisser libres d’interpréter car un titre peut aussi nous enfermer. En Art, une date ou un simple numéro d’oeuvre suffisent parfois.

Si le titre d’un tableau peut en principe être compris d’un simple regard vers le sujet peint, avec un livre, c’est différent car il faut parfois attendre pour bien comprendre. Le titre est le dernier coup de pinceau pour le peintre, dernier coup de stylo pour l’auteur, il est la cerise sur le gâteau.

Certains livres n’ont pas de titre comme le « Roman sans titre » de Duong Thu Huong. Parfois, un sujet trop délicat à aborder ne permet pas de titrer. Ce livre fut interdit de publication au Vietnam : le « sans titre » fait peur… tout comme le « sans papier » ? Autres livres du même acabit : 

  • Le livre sans nom (2007)
  • Le livre sans titre (1830)

Et quand LE titre si longtemps recherché est déjà pris, que fait-on ? On pleure en silence... et on recommence !

Pendant longtemps, pas de titre ni de nom d’auteur sur les livres. Sur la couverture figurait uniquement le nom du destinataire de l’exemplaire, car les livres étaient écrits pour les plus riches qui seuls pouvaient se les offrir. Pour trouver un livre bien précis, le professionnel devait se repérer grâce à la première phrase du livre. Quand la demande de livres est devenue importante, les imprimeurs ont eu l’idée d’inventer la page de titre qui nous semble aujourd’hui une évidence.

Parfois, une déambulation au coeur des rayons d’une librairie nous offre une rencontre inattendue, non pas avec un livre, mais avec un titre. Il y a peu, un titre m’a interpellée et je compte bien aller découvrir ce qu’il cache : « La tectonique des sentiments », pièce de théâtre d’Eric-Emmanuel Schmitt. Le titre attise notre curiosité parfois endormie.

Ci-après, je vous propose quelques citations bien sympathiques autour du titre :

« Nous autres, poètes, quand nous avons de la peine, au lieu de la chasser, nous lui cherchons un titre » Frédéric Dard

« Un titre doit embrouiller les idées, non les embrigader » Umberto Eco

« Tout regardeur est un titreur qui s’ignore. » Marcel Duchamp

« Quand on ne comprend pas sa femme, est-ce qu’on peut demander, comme au cinéma, des sous-titres ? » Georges Raby

Et le sous-titre alors ? Ceci sera un autre débat.

(article rédigé par CatCo - crédit photo 123RF/Galina Peshkova)